La préparation

La préparation… Derrière ce terme, se cachent beaucoup d’efforts physiques, de recherches, de temps passé à tenter de prévoir ce qui peut l’être. Une aventure pareille ne s’improvise pas vraiment: je n’ai pas le droit à l’erreur. Il ne s’agit pas de simples vacances au soleil ! Il faut qu’à mon départ, mon corps soit prêt à endurer tout ce que le Groenland lui infligera. Les questions logistiques ne pourront plus comporter d’inconnues, mon matériel devra être maîtrisé sous tous ses aspects.

 

Me préparer physiquement

Pas le choix que de s’entraîner en ville durant le confinement.
Non, non. Pas besoin d’aide, je ne suis pas « à plat ».

 

Au Groenland, ma mission quotidienne sera simple: il faudra avancer le plus possible, lesté de mon fardeau (une pulka d’au moins 80kg), afin de venir à bout des 600km séparant les deux côtes en moins d’un mois.

Physiquement, ce n’est pas à la portée du premier venu: on y arrive pas sans une préparation solide. Les charges à porter sont lourdes, et dans ces conditions, se retrouver blessé est peu enviable. Les muscles doivent être forts et endurants, les tendons et ligaments particulièrement résistants. On ne se construit un corps apte à ce genre de traversée en trois mois: il faut commencer la préparation un an à l’avance.

Pour entraîner mon cœur, je multiplie les sessions de course, de plus en plus longues. En fractionné parfois pour varier, et permettre à mon cœur de monter dans les régimes.

En dehors de la course, je m’entraîne 4 fois par semaine en salle de sport, pour garder une bonne masse musculaire générale. L’utilité est double: cela permet un gain de force, mais aussi une meilleure résistance au froid.

Enfin, l’entraînement spécifique est sans doute le plus important: trois à quatre fois par semaine, je m’en vais tracter des pneus, harnachés à mes hanches comme si je tirais ma pulka. Les pneus sont bien moins lourds, mais leur adhérence au sol est beaucoup plus importante que celle d’une pulka sur la glace. L’effort nécessaire pour les tracter est tout à fait comparable, c’est de cette manière que les explorateurs polaires s’entraînent traditionnellement.

La durée de ces sorties varie de une à plusieurs heures. Un article dédié à cette pratique verra bientôt le jour, vous pourrez notamment y apprendre comment confectionner votre propre système de pneus.

Le volume d’entraînement est important: il augmente au fil des mois, mais sera diminué les semaines précédant l’expédition. Force est de constater que cela porte ses fruits et que les résultats viennent rapidement: facilités par d’anciennes pratiques sportives, mais surtout par une volonté et un optimisme à toute épreuve.

Les longues heures passées à traîner mon fardeau me permettent de m’habituer à ces activités solitaires. Et contribuent à me forger un mental d’acier: peu importe le temps ou le contexte, je vais toujours m’entraîner.

Il en faudra beaucoup plus pour me ralentir lors de mon aventure !

 

Me préparer techniquement

Cette expédition ne requiert pas le niveau technique d’un alpiniste se préparant à l’assaut du K2. Néanmoins, il y a une quantité impressionnante de choses à connaître et maîtriser pour réussir.

Cela passe par mon matériel. Je dois pouvoir le choisir en fonction de mes besoins très spécifiques, apprendre à l’utiliser en toutes circonstances (monter sa tente dans son jardin n’est pas la même chose que monter sa tente par -40°C, dans le blizzard, malmené par des rafales à 150km/h). Et… Etre en mesure de le réparer s’il casse !

Ainsi, si ma tente se déchire, je dois pouvoir recoudre. Mes skis cassent ? Pas d’autre choix que de bricoler les fixations, voir les transformer en mini-skis. Si mon réchaud tombe en panne, je dois pouvoir le réparer. Tout cela s’apprend et prends beaucoup de temps. Mais croyez-moi, lorsque vous savez que votre vie peut en dépendre, votre attention est décuplée.

Il s’agit donc aussi de prévoir les imprévus, ou d’avoir les armes nécessaires pour improviser si la situation m’y contraint: on ne peut pas penser à tout.

Pour parfaire ces compétences et vérifier que je les maîtrise réellement, j’irais en Janvier à Chäserstatt, dans les alpes Suisses. Là-bas, je suivrai un stage de préparation de trois jours, aux côtés d’un explorateur polaire parmi les plus reconnus au monde. On m’y dispensera des conseils très précieux sur de nombreux sujets. Par eux, nous pourrions citer l’orientation, la gestion des risques médicaux, le choix des vêtements, mon mode d’alimentation, le positionnement de ma tente en fonction des vents, du terrain… La liste n’est pas exhaustive. Et j’y manipulerai bien sûr l’ensemble du matériel d’expédition.

Par la suite, j’irai me confronter à la réalité du terrain en Norvège, dans le parc national d’Hardangervidda. Lieu historique de préparation à des expéditions polaires, ce lieu me permettra d’évoluer pendant plusieurs jours seul dans des conditions proches de celles que je connaitrai au Groenland. Les températures peuvent y descendre jusque -30°C.

Pour ce qui sera une expédition à part entière, je devrai évidemment déjà être prêt physiquement et techniquement. Elle fera office d’excellent entraînement, mais aussi d’examen de passage !

Comment on fait pour ne pas respirer de monoxyde de carbone dans la tente ?

Le parc national d’Hardangervidda en Norvège: haut lieu des préparations d’expéditions polaires !


Envie et mental

Pas un jour ne passe sans que je ne songe à retourner en Arctique, pour réaliser ces rêves.

L’envie de réussir est immense. Je crois bien ne jamais trouver les mots pour décrire combien réaliser mon rêve me tient à cœur. Cette envie est cultivée tous les jours: il ne se passe jamais une heure sans que j’y songe.

Soyons clairs: elle ne suffit pas à réussir. Mais sans je ne me serais pas lancé, elle fait toute la différence entre un succès et un abandon. Cela n’empêche pas d’être lucide et conscient de la véritable nature du défi, je m’attends à beaucoup souffrir.

Cette souffrance ne me fait pas peur, puisque je la recherche aussi, au même titre que l’euphorie, la peur, la solitude, la joie… Lorsque je m’entraîne, je fais en sorte de souffrir physiquement, mentalement, de m’y habituer. Je me force à sortir en permanence de ma zone de confort. C’est dur, mais si on serre les dents et qu’on accepte de faire avec, c’est plus facile. 

Aussi, peu importe qu’il vente, qu’il neige, ou que je préfère me reposer après une journée de travail: le seul choix que je me laisse est d’y aller, puis d’aller au bout de mon entraînement. Ce sera comme ça au Groenland.

Je ne pourrais pas parler de préparation mentale, sans évoquer mes lectures: de Shackleton à Amundsen, de Nansen à Scott, je me nourris en permanence des lectures des pionniers des pôles, qui ont écrit l’histoire. Et quelles histoires ! De celles qui me permettent de relativiser l’épreuve que je me prépare à endurer. Ces hommes là ont toute mon admiration, et s’ils ont accompli de tels exploits, alors à force de travail acharné je réussirai, moi aussi.

La logistique

En quoi consiste la logistique exactement ? Dans mon cas, c’est choisir et faire l’acquisition de mon matériel, apprendre à le maîtriser parfaitement. Tente, réchaud multi-combustible, matériel de communication satellite, skis, pulka, nourriture, vêtements… Beaucoup de recherche et d’échanges permettent de déterminer quels sont les bons choix. Il faut aussi prendre en compte le facteur sponsoring: je m’équiperai différemment si j’établis un partenariat avec une marque.

La logistique, c’est aussi m’enquérir de toutes les questions administratives, planifier mes déplacements, en prenant en compte certaines problématiques spécifiques.

Comment transporter 90kg de matériel dans l’avion ? Acheminer l’essence nécessaire à mon réchaud à bon… Aéroport, sachant que son transport est interdit ? Les réponses à toutes ces questions ne sont pas toujours évidentes à trouver, mais il y a toujours une bonne âme pour vous donner la réponse, lorsque vous faites l’effort de vraiment chercher.

Il faut aussi optimiser chaque choix de date afin qu’il soit le plus pertinent possible, financièrement, ou par rapport à mon métier de développeur.

La logistique dépasse la simple préparation du matériel

Les à-côtés, les sponsors

C’est auprès de l’auteur de ce livre, le seul du genre, que j’irai apprendre en Suisse. On y pioche des idées sur ce que l’on doit savoir.

Un certain nombre d’heures consacrées à la préparation de l’expédition rentrent difficilement dans une case, bien qu’elles puissent s’apparenter à de la préparation technique, d’une certaine façon.

Durant celles-ci, je consacre généralement du temps à acquérir des connaissances très diverses, qui seront pour moi un plus lors de l’expédition. Par exemple, j’étudie des cours de météorologie générale: savoir anticiper, même quelques minutes à l’avance, une tempête ou un blizzard, pourra m’être fort utile !

J’ai parlé d’apprendre à réparer mon matériel: cela m’amène vers certains horizons que je ne m’attendais pas forcément à découvrir lorsque je me suis lancé dans cette aventure. Savoir coudre est véritablement utile à un explorateur dans bien des cas. Savoir bricoler (un peu) n’est pas non plus une tare.

Dans la même veine, nous pourrions citer les connaissances rudimentaires acquises sur la manière dont se comporte le corps humain dans ces conditions extrêmes, et les différentes façons d’en prendre soin. Comment limiter les dégâts en cas de gelures sévères, d’œdèmes…

Ces notions ne feront pas de moi un chirurgien, climatologue, grand bricoleur ou couturier, mais je préfère partir avec plutôt que sans.

Plus éloigné du terrain mais vital: la recherche de sponsors. Cette activité très chronophage demande beaucoup de persévérance. Il s’agit de recenser les partenaires potentiels, monter un dossier de sponsoring complet, présenter son projet (souvent à des personnes qui n’ont que quelques dizaines de secondes d’attention à lui accorder…), et faire une proposition de partenariat intéressante. C’est surtout des centaines de mails, des centaines de coups de téléphones, de relances, un fichier excel à tenir à jour…

Dans le contexte actuel du covid-19, la recherche de partenaires est extrêmement compliquée, mais indispensable !

La communication

Sans ce volet, vous ne liriez probablement pas ces lignes. Il serait dommage de vivre une telle aventure humaine, sportive et émotionnelle, sans la partager.

La volonté de partager mon aventure est la raison d’être de ce site internet. Et des réseaux sociaux (Facebook et Instagram, probablement YouTube dans quelques temps), choisis pour leur pertinence.

Construire ce site m’a pris du temps. Écrire ces articles aussi. Faire vivre la page Facebook, mon compte Instagram prends du temps, et nécessite en plus que je sois régulier, ce qui n’est pas toujours évident. La qualité du suivi de l’expédition, mes chances d’en faire profiter autant de monde que possible en dépendent pourtant.

L’existence de ces médias a un autre effet bénéfique, puisqu’ils constituent une jolie vitrine pour mes partenaires.

Des contacts existent avec la presse, qui peut grandement contribuer au suivi de l’expédition. Ce n’est pas la partie la plus chronophage, mais tout de même.

Si vous lisez ces lignes, appréciez cette aventure parce qu’elle vous inspire, vous fait rêver ou vous apprends des choses, sachez alors que je ne regrette pas la moindre minute passée à travailler à rendre ça possible !

 

Un article sur l’expédition, dans « Paris Normandie »

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