Le Groenland… Qu’il nous paraît lointain. Cela s’explique, tant cette contrée est différente de l’Europe tempérée que nous connaissons. Mais alors, se résume t-il à un désert de glace ? Qui peuple le Groenland, et qu’y a t-il de si formidable là-bas qu’il nous faille absolument protéger ?

Pour ne pas vous assommer, cet article est divisé en plusieurs parties: chacune vise à faire découvrir une des nombreuses facettes de ce territoire, pour terminer par un constat des dégâts déjà causés par le réchauffement climatique, et surtout un message d’espoir.

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Inuits: un peuple, une culture

Les Inuits ont un sens de la famille et de la communauté très développé

La pêche, à leur façon !

Différents types de harpons, taillés dans de l’os

… Autre chose que l’igloo d’urgence que j’espère savoir construire !

Que peuvent bien voir les chamans ?

Les maisons en bois remplacent désormais les igloos à Isortoq, mon point de départ

Il est impossible de dépeindre le Groenland sans faire mention des Inuits. Pourtant, il y a bien trop à dire sur leur culture pour la résumer en un paragraphe ! Essayons tout de même d’en parler un peu, cela vous donnera peut-être envie d’en savoir plus à leur propos.

Les Inuits sont un peuple de l’Arctique (environ 150.000 personnes), vivant principalement au Groenland, et à l’Extrême-Nord Canadien. Ils y possèdent un vaste territoire autonome, grand comme 4 fois la France, appelé Nunavut (signifiant « Notre Terre »).

Le mot « Inuit » signifie simplement « Les gens ». Leur langue est l’Inuktitut: une langue parlée où les idées se construisent à partir d’un mot-souche. Par exemple, pour exprimer l’envie d’aller chasser le phoque, on dira quelque chose comme « phoque-chasser-vouloir-moi-demain ». Les mots sont polysynthétiques, permettant de préciser le sens d’un mot via la suffixation. Ainsi, on peut désigner la neige d’une douzaine de façons différentes, en fonction de son état !

Particulièrement proches de la nature, les Inuits ont toujours existé en harmonie avec elle. Au point de n’avoir vécu, jusqu’au début du 19ème siècle, que de chasse et de pêche, en totale autonomie. A cette époque, la notion d’argent n’existait même pas chez eux… !

Bien à l’opposé des dangereuses dérives de notre société moderne, la nature leur fournissait tout ce dont ils avaient besoin. Chasse et pêche ont ainsi été élevées au rang d’art, et leurs techniques perfectionnées à l’extrême au fil des siècles. Les Inuits étaient capables de chasser ours blancs, baleines, phoques, morses… En utilisant des armes taillées dans la pierre, l’os, le bois de renne, ou même les fanons. Leur savoir-faire est tout à fait remarquable: aujourd’hui encore, on a bien du mal à faire mieux malgré l’importance des progrès techniques.

Précisions que le savoir-faire ancestral des Inuits ne se limite pas à la chasse et à la pêche, loin de là. Et c’est à l’ingéniosité des Inuits que l’on doit par exemple l’invention du kayak, conçu pour pouvoir naviguer et pêcher entre les glaces ! Ils savaient également par exemple, construire des maisons à partir de l’imposante carcasse d’une baleine, d’incroyables igloos, ou se muer en artistes.

A ce propos, leur culture artistique possède bien des facettes. L’une d’entre elles est le chant de gorge. Très différent de ce que l’on connaît dans notre société ! J’espère pouvoir en apprendre plus un jour, entre autres, sur ces chants, en allant poser la question à un Inuit.

Ce peuple connaît également des mythes, des légendes… Les récits se transmettent traditionnellement à l’oral, parfois en danses ou chansons. Il existe parmi eux des chamans (Angakoks), qui possèderaient le pouvoir de se rendre, lors de leurs transes ou leurs rêves, dans des lieux accessibles seulement par-delà la mort. Pour les Inuits du Groenland (Aqsamiit), les aurores boréales étaient les âmes des défunts, jouant au ballon avec des crânes de morses. Les Inuits de l’Est quant à eux, étaient plutôt d’avis qu’il s’agissait des âmes d’enfants morts-nés.

Aujourd’hui, si les Inuits gardent une indépendance relative, leur vie a tout de même radicalement changée: il leur est devenu proprement impossible de vivre comme hier. Le réchauffement climatique n’y est évidemment pas étranger. Mais il n’est même pas le seul responsable: l’Océan Arctique étant considéré comme une poubelle par certains pays, une pollution considérable affecte les eaux et les mammifères marins du Groenland. Le fruit de la pêche, contaminé par cette pollution, est rendu impropre à la consommation… Si bien qu’il est devenu bien plus difficile d’en vivre aujourd’hui, alors même que les Inuits sont plus nombreux qu’hier.

Les motoneiges ont progressivement remplacé les traîneaux à chiens, les maisons en bois les igloos. Les bateaux à moteur prennent la place des kayaks, les harpons sont remplacés par des fusils… Sachant cela, il est facile de concevoir que chasse, pêche, et le savoir-faire associé millénaire, ne sont plus aussi utiles et importants aujourd’hui qu’hier.  La lutte pour préserver la culture Inuit est rude. Le peuple du Groenland est devenu dépendant des importations étrangères et des aides Danoises (500 millions d’euros par an, environ), payant ainsi un prix qu’ils n’auraient jamais du payer, celui des offenses continuelles faites par l’être humain à la nature.

Géopolitique

Le Groenland est aujourd’hui un territoire semi-autonome appartenant au Danemark. Cela signifie qu’il dispose de son propre gouvernement, est maître de sa langue, police, ses tribunaux, frontières, ressources… Le Danemark, lui, gère la politique internationale, monétaire, ainsi que les questions de défense nationale.

L’île est un immense réservoir de ressources naturelles. On peut y trouver du pétrole, du gaz, des minerais rares, de l’or, de l’uranium… Que le Danemark n’a pas voulu exploiter à tout prix. Tous les pays ne pensent malheureusement pas de la même façon. Aussi, Donald Trump a tenté, en Août 2019, d’acheter le Groenland aux Danois… N’y voyant là qu’une « grosse transaction immobilière », lui permettant de foutre en l’air à peu près tout ce qui nécessite d’être protégé.

Cette proposition, très mal accueillie, a été refusée net par les Danois, après avoir été qualifiée de « blague ». Ce n’est pas la première fois que les États-Unis tentent de faire du Groenland leur 51ème état: une telle proposition a déjà été faite en 1867, puis en 1946 !

D’autres pays placent leur pions pour essayer d’exploiter les ressources naturelles du Groenland, comme la Chine, qui investit massivement dans la région et propose de « construire des aéroports ». La Russie, elle aussi, investit des milliards sans compter en Arctique, espérant en devenir la première puissance.

Pourquoi un tel engouement pour le Groenland et l’Arctique ? Et bien, le réchauffement climatique fait des heureux. La fonte des glaces permettrait l’ouverture du passage du Nord-Est au bateau, facilitant ainsi la livraison d’hydrocarbures en Asie du Sud-Est… A l’Ouest du Groenland, c’est le passage du Nord-Ouest qui est scruté. La fonte des glaces permettrait de rallier l’océan Arctique et l’océan Pacifique bien plus facilement qu’aujourd’hui. Encore une histoire de nature, sacrifiée sur l’autel du dieu argent.

L’île est également un enjeu militaire stratégique, qui a été utilisé par les États-Unis durant la guerre froide. D’où, notamment, l’existence de la station radar anti-nucléaire DYE 2, que je découvrirais lors de mon périple, qui faisait partie d’une longue ligne de stations similaires allant de l’Alaska au Groenland.

Les Inuits, économiquement en difficulté aujourd’hui, ne sont pas tous d’accord sur l’attitude à adopter. Nombre d’entre eux souhaitent s’affranchir de leur dépendance financière au Danemark, en vendant le fruit de l’exploitation de leurs ressources naturelles, quand d’autres estiment que cela induirait une perte de leur souveraineté (ils dépendraient alors des investissements de puissances étrangères… ) en plus de nuire à l’environnement.

 

Donald Trump, président des Etats-Unis.

En rouge, le passage du Nord-Ouest. En jaune, du Nord-Est.

La station radar anti-nucléaire DYE 2, perdue au Groenland

L’humain aime décidément courir à sa perte

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